Incroyables cétacés !

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Espèces menacées

Introduction

 

Cétacés pourchassés...

 

La chasse a longtemps été la principale menace pour les cétacés, amenant plusieurs espèces au bord de l’extinction. Baleines et cachalots ont été poursuivis dans tous les océans grâce à un équipement de plus en plus performant. Leur capture est désormais réglementée : seuls quelques pays les tuent encore dans un but commercial tandis que certaines nations sont autorisées à les chasser pour leur subsistance. Dans cette traque effrénée, les petits cétacés n’ont pas été épargnés ; considérés comme source de viande ou comme concurrents des pêcheurs, certains sont encore aujourd’hui harponnés.

 

Tout est bon dans la baleine !

 

 

Pour le chasseur d’autrefois, baleines et cachalots constituent des trésors de matières premières, variées et en grande quantité ! Après transformation, graisse, os, fanons… deviennent bougies, toupies ou baleines de parapluie : un large éventail de produits qui, du 17ème au 19ème siècle, font partie du quotidien des Européens et des Américains. Au 20ème siècle, tous ont été remplacés par des substituts, à l’exception de la viande.
Fanons à tout faire
A la fois flexible et résistant, le fanon de baleine sert, jusque dans années 1930, à la fabrication d’une multitude d’objets du quotidien. Les corsets et parapluies en témoignent encore aujourd’hui : leurs armatures, désormais faites de plastique ou de métal, conservent le nom de « baleines », issu du mot « baleen », traduction de « fanon » en anglais.
Dent et os
Os de baleines et dents de cachalot
Les os de baleines et les dents de cachalots sont des matériaux de choix à sculpter ou à graver : pendant les longues campagnes baleinières, les marins les utilisent pour immortaliser des scènes de chasse ou façonner des objets. Le squelette d’une baleine fournit également de solides éléments d’architecture ; les Basques des 16ème et 17ème siècles s’en servent pour clôturer leur jardin ou pour la charpente de leur toiture. Au 20ème siècle, c’est le collagène extrait des os qui permet la fabrication de bonbons ou de pellicules photographiques !

 

Les substituts

 

 

Les produits issus de la baleine et du cachalot avaient autrefois un réel intérêt économique mais on a depuis trouvé des substituts plus rentables.
La découverte du pétrole en 1859, du gaz d’éclairage et l’avènement de l’électricité ont porté un coup fatal à l’industrie de l’huile de baleine. Le plastique a avantageusement remplacé le fanon tandis que les huiles végétales, comme celle de jojoba, ont détrôné le spermaceti, notamment pour la lubrification des machines.
Aujourd’hui, les grands cétacés ne sont plus chassés que pour leur viande.

 

La baleine à portée de chaloupe

 

 

Au Moyen Âge, les Basques développent l’industrie baleinière. Chaque hiver, depuis les tours qui dominent la mer, ils guettent l’arrivée des baleines franches venues mettre bas dans la baie de Biscaye. Une fois alertés, les chasseurs s’élancent du rivage à bord de chaloupes.
Les plus expérimentés harponnent l’animal avant de l’achever à coups de lances. Le cadavre est ensuite remorqué jusqu’à la plage pour y être dépecé. La baleine des Basques est la première victime de ce nouveau commerce.
C’est une proie idéale car elle nage lentement et possède une épaisse couche de lard qui l’empêche de couler une fois morte.

 

Une redoutable efficacité

 

 

Le milieu du 19ème siècle marque un véritable tournant dans l’industrie baleinière. Les voiliers sont remplacés par des navires à vapeur capables de poursuivre des cétacés comme les rorquals ou la baleine à bosse, jusqu’alors intouchables.
Les chasseurs, plus rapides, disposent également d’une nouvelle arme particulièrement efficace : un canon lance-harpon d’une portée de 50 mètres. L’animal est tué à distance avec une étonnante rapidité. On empêche ensuite le cadavre de couler en lui insufflant de l’air comprimé. Toutes les espèces de baleines deviennent alors des proies potentielles.

 

Le rendement des navires-usines

 

 

Au début du 20ème siècle, une demande accrue en matière grasse pour la savonnerie, l’industrie alimentaire et la fabrication d’explosifs incite les baleiniers à explorer l’Antarctique. Les Norvégiens mettent au point les premiers navires-usines, d’énormes bâtiments qui permettent de travailler là où il est impossible d’installer une station baleinière. Le slipway, un large plan incliné ouvert sur la mer, offre le moyen de hisser le cétacé à bord et de le débiter en un temps record. C’est l’hécatombe : durant l’année 1938, plus de 50 000 baleines sont tuées !

 

La chasse de subsistance

 

 

Le règlement de la Commission Baleinière Internationale autorise certains pays à pratiquer une chasse dite de « subsistance », soumise à des quotas. Elle est réservée aux peuples qui ont un attachement traditionnel à la chasse à la baleine et une dépendance aux produits qui en découlent.
Pour ces communautés, l’animal n’est pas seulement source de matière première, c’est aussi un lien social et culturel fort.

 

L’exception Inuit

 

 

La baleine ne s’offre qu’à ceux qui savent se montrer dignes de son sacrifice… les Inuit le savent bien. Chants ou danses rituels restent donc des préparatifs essentiels à la chasse. Si la rencontre a lieu, les hommes devront s’unir pour parvenir à capturer et à ramener l’imposant animal. Puis ce sera l’heure de la fête et du partage avec tous les membres de la communauté : la viande et la graisse seront consommées tandis que os et fanons serviront de matériaux dans l’artisanat local.
Pour les sculpteurs inuit, l’os de baleine est une substance chargée de pouvoir et un matériau noble car l’animal inspire le respect. Aujourd’hui devenu rare, il est soumis à des réglementations internationales qui rendent sa commercialisation difficile. Peu utilisé, il est réservé aux œuvres à connotation chamanique.

 

Une chasse méconnue

 

 

Bien que moins connue que la chasse à la baleine, la chasse aux petits cétacés est pratiquée à travers le monde depuis des millénaires. Considérés comme du gibier ou comme des concurrents, les marsouins, globicéphales ou autres dauphins sont encore fréquemment poursuivis et tués. Si chaque état a sa propre législation, aucune organisation internationale ne supervise les enjeux de conservation de ces cétacés comme le fait la CBI pour les baleines.

 

Des concurrents à éliminer

 

 

« Terribles destructeurs », « bandits ravageurs », « redoutables ennemis », les pêcheurs n’ont pas toujours été tendres avec les petits cétacés exagérant parfois les dégâts causés à leurs filets ou à leur stock de poissons. Pour supprimer ces nuisibles tous les moyens devaient être envisagés : armes à feu, explosifs ou bombardements aériens ! Des primes étaient même distribuées aux chasseurs les plus zélés.
Aujourd’hui cette compétition n’a pas totalement disparu mais les mentalités ont bien changé : certains pêcheurs collaborent même avec les scientifiques pour le comptage ou l’identification des cétacés.

 

Chasse d'antan et d'aujourd'hui

 

 

Un petit steak de dauphin pour le dîner ? La proposition nous semble aujourd’hui incongrue, pourtant, il y a quelques dizaines d’années, on trouvait encore de la chair de petits cétacés sur les marchés français. Cette curiosité gastronomique ne date pas d’hier… Au Moyen Age, cette viande, considérée à tort comme maigre, était consommée le vendredi ou durant le carême. C’était même un mets de qualité : au mariage d’Henry V d’Angleterre, on se régala d’un plat de marsouin rôti ! En France, une telle recette n’est plus d’actualité car la loi interdit désormais de capturer, tuer ou transporter un cétacé.
Si elle est interdite en France, la chasse aux petits cétacés est toujours pratiquée dans certains pays. Elle est parfois autorisée comme au Groenland, au Canada, au Japon ou dans les îles Féroé mais des quotas fixés par chaque état limitent le nombre de prises. La réglementation n’empêche pas toujours le braconnage comme au Pérou où des centaines de dauphins sont encore victimes d’une chasse illégale. Au-delà de la mise en danger des espèces, il existe de véritables risques pour les consommateurs : des études ont montré que la viande commercialisée au Japon était fortement contaminée par des polluants.

 

La Commission Baleinière Internationale - CBI

 

 

Devant la raréfaction de leurs proies, les chasseurs de baleines décident en 1946 de créer la CBI. Cette organisation s’entoure alors de scientifiques chargés d’évaluer au mieux les décisions à prendre pour gérer cette précieuse ressource.
Résultat : 60 ans plus tard, certaines espèces de grands cétacés se sont repeuplées, mais d’autres sont toujours en danger malgré l’arrêt de la chasse en 1986. Face à ce constat, deux groupes se sont formés au sein de la CBI : d’un côté les Etats qui considèrent que cette chasse peut reprendre, de l’autre ceux qui y restent farouchement opposés, considérant que trop d’incertitudes planent encore sur les estimations de population de cétacés.

 

Les mesures de la CBI

 

 

2 décembre 1946 : Création de la CBI par 19 pays signataires, dont la France. 4 objectifs sont fixés : protéger les jeunes de toutes les espèces, gérer les captures en établissant des quotas, créer des zones protégées et interdire toute prise d’animaux appartenant à une espèce en danger.
1969 : Plusieurs espèces de grands cétacés sont toujours surexploitées, les quotas sont revus à la baisse.
1979 : Création d’une première zone de protection pour les cétacés : le sanctuaire international de l’Océan Indien.
1986 : Mise en place du moratoire interdisant la chasse à la baleine commerciale. La chasse de subsistance et la chasse à des fins scientifiques sont toujours autorisées.
1987 : Le Japon lance son programme de chasse scientifique en Antarctique.
1993 : La Norvège use de son droit d’objection au moratoire et reprend la chasse commerciale.
1994 : Création d’un deuxième sanctuaire, celui de l’Antarctique, à l’initiative de la France.
2007 : Suite aux protestations des autres pays, le Japon abandonne l’idée de chasser la baleine à bosse dans le cadre de son programme scientifique.

 

Les pollutions chimiques

 

 

Les cétacés sont particulièrement exposés aux déchets toxiques rejetés dans nos océans et nos rivières ; situés en bout de chaîne alimentaire, ils concentrent dans leur organisme certains polluants accumulés dans leur nourriture. Les femelles les transmettent ensuite aux petits par le lait maternel. Dans les tissus des animaux contaminés, on retrouve essentiellement des organochlorés et des métaux lourds issus de l’industrie et de l’agriculture ainsi que des composés dérivés des HAPs (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques) produits notamment par les alumineries.
Ces substances toxiques peuvent être à l’origine de tumeurs ou de troubles des systèmes immunitaire et reproducteur.
Au Québec, depuis 1988, plus de 100 usines situées en bordure du Saint Laurent ont accepté de réduire leurs effluents toxiques. Cette prise de conscience semble avoir contribué à une amélioration de l’état du fleuve mais le combat est loin d’être gagné car les polluants ont une durée de vie très longue.
Typiquement arctiques, les bélougas vivent aussi dans le Saint Laurent, au Québec, où ils ont survécu à une chasse soutenue qui a pris fin au début des années 60. Aujourd’hui ils sont tellement exposés à la pollution chimique que leur cadavre, après échouage, est traité comme les déchets toxiques.

 

Les pollutions par les macrodéchets

 

 

Bouteilles, sacs en plastique, bidons…, ces macrodéchets jetés par des particuliers ou des industriels polluent chaque jour un peu plus nos océans. Seuls 20% d’entre eux proviennent de bateaux ou plates-formes, les autres sont transportés par les vents et les cours d’eau depuis la terre. Non biodégradables pour la plupart, ils s’accumulent jusqu’à former parfois des « tourbillons d’ordures » qui, comme dans le Pacifique Nord, peuvent atteindre six fois la taille de la France ! Ces objets dérivants sont un véritable danger pour les cétacés qui s’y enchevêtrent ou s’y blessent. La menace est encore plus grande pour ceux qui consomment des céphalopodes, comme les baleines à bec : un sac en plastique, confondu avec une proie, peut provoquer leur mort.
De nombreuses campagnes d’information incitent chacun d’entre nous à mieux gérer et à recycler nos déchets. Leur ramassage étant fastidieux et coûteux, il est préférable de privilégier les produits sans emballage et de ne rien jeter dans la nature, que ce soit sur terre ou en mer !

 

Les pollutions biologiques

 

 

La pollution des mers et des fleuves par les eaux d’origine domestique est une source insidieuse de maladies pour les baleines et les dauphins. En dépit des contrôles, nos eaux usées drainent en effet un grand nombre de virus, bactéries et parasites auxquels les cétacés n’étaient jusqu’à présent pas exposés. Ils y sont d’autant plus sensibles que leur système immunitaire est déjà fragilisé par les polluants chimiques.
Attention ! Le passage de germes pathogènes d’humain à cétacé, et réciproquement, peut également se faire par simple contact. L’envie de caresser une baleine ou un dauphin rencontré en mer ou près d’une plage ne doit pas nous faire oublier ce risque. Lorsqu’un cétacé s’approche de vous, il est donc recommandé de ne pas le toucher !

 

La pollution sonore

 

 

Contrairement à l’idée reçue, le monde sous-marin n’est pas le monde du silence. En plus des sons d'origine naturelle, les activités humaines telles que le trafic maritime, les manoeuvres militaires, les industries pétrolières et gazières rendent les océans chaque jour un peu plus bruyants.
Les scientifiques s’interrogent sur l’impact de ces nuisances sur les baleines et les dauphins : sont-elles à l’origine de stress, de lésions du système auditif ou brouillent-elles les signaux sonores utilisés par les cétacés pour communiquer et s’orienter ?
Des liens ont effectivement pu être établis entre l’emploi de certains sonars militaires et plusieurs échouages de baleines à bec. Les connaissances restent cependant insuffisantes et des programmes scientifiques sont en cours pour mieux évaluer les effets à long terme des bruits générés par l’homme. En attendant les résultats, les chercheurs invitent les industriels et les militaires à moduler leur activité en fonction de la présence de cétacés.

 

La dégradation des habitats

 

 

L’urbanisation et l’industrialisation du littoral modifient l’habitat des cétacés côtiers et affectent leurs ressources alimentaires, les obligeant parfois à fréquenter d’autres eaux. Pour les dauphins d’eau douce, les barrages représentent une menace supplémentaire : ils empêchent les déplacements et fragmentent les populations. Le dauphin de Chine (Lipotes vexillifer) a été la première victime de ces aménagements : en décembre 2006, il fut considéré comme disparu du fleuve Yangtsé où il vivait depuis des millions d’années. Déjà très affaibli par les pollutions, il n’aurait pas survécu à la construction du monumental barrage des Trois-Gorges.
Face à la dégradation des habitats et au trafic maritime croissant, plusieurs pays ont institué des zones protégées pour les mammifères marins, comme le Sanctuaire Pelagos en Méditerranée qui a fait l’objet d’un accord entre l’Italie, Monaco et la France.

 

Les changements climatiques

 

 

Il est difficile d’appréhender un phénomène aussi global que l’impact des changements climatiques sur les cétacés. Cependant l’observation de certaines populations suggère des effets sur leur migration et leur alimentation. Les scientifiques se sont penchés sur le cas des baleines grises : depuis la fin des années 70, elles restent de moins en moins longtemps dans leurs aires de reproduction au Mexique. De plus, en 2007, 12% des individus observés dans ces régions présentaient des signes de malnutrition.
Les changements climatiques pourraient être en partie responsables : aux pôles, la fonte des glaces s’accompagne d’une raréfaction des algues microscopiques, source d’alimentation pour le plancton que consomment ensuite les baleines. Les cétacés voient aussi leur stock de proies diminuer avec l’arrivée de nouveaux concurrents, des poissons autrefois absents de ces zones.
Les baleines grises ont ainsi accès à moins de nourriture et doivent passer de plus en plus de temps sur leurs aires d’alimentation pour trouver de quoi manger.

 

Les collisions

 

 

En plus des nuisances sonores, le trafic maritime est responsable de collisions avec des baleines et des cachalots. Le danger est d’autant plus important sur les sites d’alimentation et de reproduction où les cétacés sont nombreux.
Globalement les données scientifiques actuelles ne permettent pas d’évaluer avec précision le nombre d’accidents ni leurs impacts. Pour la population très réduite des baleines franches de l’Atlantique Nord, on évalue cependant à 38% la mortalité due aux collisions entre 1986 et 2005. Au large des côtes françaises de Méditerranée, 16 rorquals communs sont potentiellement heurtés annuellement.
Embarquer un observateur à bord, limiter le passage et la vitesse des bateaux dans les zones très fréquentées par les animaux sont quelques unes des solutions adoptées. À Gibraltar, viennent d’être mis en place des « rails » de navigation évitant les habitats préférentiels des cétacés. Pour les baleines franches de l’Atlantique Nord, le trafic maritime a été dévié de 6 km diminuant de 95% le risque de collision.

 

Les prises accidentelles

 

 

L’intensification de la pêche dans toutes les mers du globe s’accompagne d’une augmentation des prises accidentelles de cétacés. En effet, les mailles des filets ou des chaluts peuvent parfois devenir des pièges pour les baleines et les dauphins qui s’y blessent ou meurent asphyxiés. Mais que faire pour réduire ces mortalités ?
Pour préserver le marsouin de Californie, menacé d’extinction par de nombreuses pollutions, le gouvernement mexicain a créé une réserve naturelle interdite aux engins de pêche. Au cours de ces dernières années, d’autres moyens ont été mis en place pour limiter les captures accidentelles : trappes d’échappement, répulsifs acoustiques… Les pêcheurs participent activement à ces démarches, certains embarquent même des observateurs pour étudier le problème et tenter d’y trouver des solutions.

 

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